Ademe : début de rentabilité du solaire en 2021, dans le sud de la France

Dans une étude très riche, intitulée « Photovoltaïque français, bilan et perspectives », l’Ademe  propose une stratégie de soutien au développement de la filière photovoltaïque en France pour la période 2016-2020, dans un marché mondial du photovoltaïque qui aura profondément changé à l’horizon 2020, avec notamment un basculement de la demande vers l’Asie et le développement de modèles sans subvention.

Ainsi, le rythme de déploiement annuel des installations photovoltaïques devrait rester très soutenu à un niveau d’environ 40GW/an dans le monde, soit la deuxième position parmi les énergies décarbonées en capacité annuelle, derrière l’éolien mais devant l’hydroélectricité et le nucléaire. Dès 2016, l’Asie pourrait devenir la première région du monde en puissance cumulée, dépassant ainsi l’Europe et représentant près de 60% du marché.

La rentabilité de l’électricité solaire a progressé de manière régulière.  Ainsi, le coût d’installation des panneaux photovoltaïques a déjà été divisé par quatre entre 2007 et 2014 pour une centrale au sol (de plus de 6 €/Wc à moins de 1,5 €/Wc). Une baisse qui résulte d’une compétition mondiale vive entre les acteurs chinois et les acteurs historiques japonais, américains et européens. Cette compétition actionne deux leviers complémentaires que sont le levier volume (taille des usines de production) et le levier innovation (gain de rendement des cellules et réduction du coût de fabrication).

Et selon l’Ademe, l’innovation et les volumes permettront encore de faire baisser le coût des composants des panneaux solaires de 35% d’ici 2025 par rapport aux coûts de 2014, permettant à l’énergie photovoltaïque de devenir compétitive, même sans soutien financier. L’Agence a identifié trois champs d’innovation technologique concentrent les efforts des acteurs en raison de leur impact potentiel sur la compétitivité du PV : le rendement des cellules et modules ainsi que l’amélioration des processus de fabrication, les structures applicatives qui permettent d’optimiser l’intégration du système PV dans son contexte local (toitures, …) et les technologies d’intégration dans le réseau électrique.

« La rentabilité des centrales au sol apparaît en 2021 dans le Sud de la France », annonce l’Ademe, qui prévoit qu’elles seront de plus en plus compétitives face aux prix du marché électrique, à l’horizon 2025, toujours dans le sud. Il ne s’agit nullement d’un exploit, puisque l’énergie solaire est d’ores et déjà compétitive par rapport à d’autres sources d’énergie dans de plus en plus de pays du monde.

En ce qui concerne l’autoconsommation, la rentabilité dépend de la taille des installations PV (effet d’échelle sur le coût de production), de la puissance souscrite (impactant le prix de détail d’achat de l’électricité) et du taux d’autoconsommation. Ce dernier sera souvent plus important pour des sites à vocation professionnelle (tertiaire, industrie) que pour le résidentiel. L’Ademe prévoit que la rentabilité de l’autoconsommation sans stockage pour les grandes toitures apparaîtra en 2021 dans le sud de la France si les prix de marché et de détails restent similaires, et si 70% de l’énergie produite est autoconsommée. Pour des petits systèmes, sans stockage, pour lesquels une majorité de l’électricité PV serait autoconsommée, le seuil de rentabilité sans subvention pour les particuliers pourrait apparaître en 2020 dans le sud. Ce seuil dépend néanmoins fortement du taux d’autoconsommation.

L’Ademe dresse par ailleurs un bilan « contrasté » de la politique publique PV en France : « La particularité de la politique de soutien française a été de soutenir, sur le segment des toitures, des installations « intégrées au bâti », dans l’objectif de développer une offre française. Cette politique de soutien a effectivement permis de créer un tissu industriel nouveau mais celui-ci est limité. Elle a de plus manqué son objectif initial de placer des produits très innovants (dont des tuiles photovoltaïques, par exemple) sur une courbe d’apprentissage ». Au niveau international, seuls deux autres pays ont tenté d’engager une telle politique : la Corée du Sud, mais cela n’a duré qu’un an, et l’Italie, qui a mis fin à cette politique en juillet 2013.

Le résultat c’est que la filière photovoltaique française est toujours à la recherche de son positionnement : « En 2014, les acteurs français sont en difficulté économique sur une majorité de segments de la chaîne de valeur, en particulier les fabricants de modules ». Le nombre d’installateurs QualiPV est passé de 4000 en 2011 à 1000 en 2014, ce qui correspond à un gain en maturité sur ce segment de la chaîne de valeur, d’après les installateurs interrogés. Le nombre d’emplois directs de la filière a été divisé par 3 entre 2010 et 2014. Fin 2014, la filière compte 8000 emplois directs. Fin 2014, la filière compte 16000 emplois environ, emplois indirects et induits inclus. Un constat à rebours des grandes déclarations sur les énergies renouvelables grands pourvoyeuses d’emplois.

Pour l’avenir (2016-2020), l’Ademe souhaite la mise en place d’un « dispositif public volontariste pour un PV compétitif et une filière française plus forte ». La période 2016-2020 est selon l’Ademe une période de transition qui avec la mise en place progressive des conditions techniques et économiques permettant à partir de 2020 un développement sans soutien d’une partie des activités PV. Dans ce contexte, il importe d’installer un dispositif de soutien de transition qui garantisse une activité PV stable d’environ 1 GWc/an sur cette période mais orientée vers les segments et les modèles d’affaire porteurs pour la période post 2020, soit le meilleur moyen d’alléger progressivement le coût du dispositif de soutien tout en préservant les emplois et en renforçant la compétitivité d’une filière française encore fragile.

Cette politique publique de transition doit permettre d’atteindre cinq objectifs complémentaires : optimiser le coût du dispositif de soutien, maximiser les emplois, favoriser la croissance de la filière française et la capitalisation du savoir-faire, préparer la filière aux modèles technico-économiques d’avenir (c’est-à-dire viables sans soutien), et contribuer au bon fonctionnement du système électrique.

 

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